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 Je suis venu vous voir [Libre]

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MessageSujet: Je suis venu vous voir [Libre]   Mer 19 Oct - 6:23
Parce que je suis un bon traumato, un excellent chirurgien et qu’accessoirement, on ne trouve des cas de traumatologie qu’aux urgences, aujourd’hui, pour moi, c’est la mine, l’ultime bolge des enfers, l’antichambre d’une  prison, ça équivaut à des vacances chez belle maman. Aujourd’hui, je bosse aux urgences. Ça me glace. Je préfère quand on vient me chercher en courant (de préférence une femme avec des seins qui s’animent à chaque pas) en s’écriant que sans moi le patient va clamser. Quoi j’exagère ? Bon ok, un peu. C’est pas mon pire défaut, sachez-le.
Quoiqu’il en soit, depuis ce matin, 6h, c’est bonjour bobologie. J’ai retiré trois jouets des narines de charmantes têtes blondes, cousu 28 points de suture, fournis 16 kleenex, fais un lavage d’estomac et même un toucher rectal. Ô joie ! Ô bonheur sans nom ! Mais rien dans ma spécialité, ça fait toujours plaisir d’avoir fait 10 ans d’études pour rien. Pourquoi ce n’est pas ici qu’un balcon s’effondre d’ailleurs ? J’envisage de bouder très fort. Généralement ça invoque un cataclysme. Hélas, pas traumatologique mais plutôt sous la forme d’une grande brune sexy mais sévère : BIG BOOBS… Pardon. BIG BOSS. La dernière fois que j’ai trop boudé, elle m’a obligé à aider en salle d’accouchement. J’ai pas touché une meuf pendant une semaine tellement j’ai trouvé ça dégueu ! Sur la vie de ma mère, si jamais j’ai un jour un gosse, j’oblige sa mère à faire une césarienne ! C’est un coup à devenu pédé ! J’vous jure.

Je renvois une patiente venue parce que ça fait trois jours que son nez coule – sinon, le généraliste, vous connaissez ? – et je jette mes gants puis me désinfecte les mains. J’vous dis un truc. Plus chiant que moi malade, ça n’existe pas. Je sais que je suis du genre pénible mais si j’ai un demi degré de trop de température ou si j’éternue, ça devient la fin du monde. Donc on n’est jamais trop prudent.

Ensuite, je retourne au triage, priant pour un drame affreux qui implique des os brisés, des brûlures dégueus ou mieux. Un polytrauma, ma came absolue, mon adré à moi, mon rail de coke quotidien. Parce que si un truc intéressant n’arrive pas très vite, j’vais avoir besoin de coke, de café, de clope ET de sexe.
Oui je suis un mec d’addiction et oui, je suis un bon toubib. Mais nul n’est parfait (hormis mon frère) et je n’ai certainement pas cette prétention là.

J’attrape un dossier au hasard dans la pile des cas nuls à chier. J’annonce « SUIVANT » et le numéro 24. J’ai l’impression de jouer au loto. Hourra. J’vais me pendre d’ici la pause déjeuner.
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MessageSujet: Re: Je suis venu vous voir [Libre]   Mer 19 Oct - 10:12
    Assis sur une chaise inconfortable, regardant les images d’un magazine ouvert sur ses genoux, Peter était pour la première fois de sa vie en train de patienter dans une salle d’attente. Aux urgences en plus, il avait touché le gros lot ! Depuis combien de temps ? Il n’en avait aucune idée, mais les aiguilles avaient beaucoup bougées, surtout la grande, et les têtes avaient beaucoup changé depuis son arrivée.
    L’endroit ressemblait un peu à l’hôpital dans lequel avait été internée sa mère. Tout était blanc, même les vêtements des gens. Les seules personnes en couleur étaient les malades. Et la secrétaire, qui tirait la tronche et ne l’aimait pas beaucoup. Tout ça parce qu’il ne savait pas ce qu’était une carte vitale. C’est quoi d’ailleurs une carte vitale ? Il en avait pas, c’est pas de sa faute quand même. Et en plus, c’est Madame Martin qui l’a envoyé ici, il voulait pas spécialement venir lui. Il a essayé de lui expliquer tout ça, mais elle s’en fichait, elle était juste allée lui chercher de la glace et un torchon pour sa main en soupirant. Oui, parce qu’il s’est brûlé, attendez que je vous raconte !

    A la boulangerie où il travaille en tant qu’apprenti, il a oublié une fournée de croissants dans le four. Paniqué, à la hâte, il a tout ouvert sans rien éteindre quand la pièce a commencé à avoir une drôle d’odeur. Alors il a voulu sortir les viennoiseries à mains nues. On lui avait dit de ne pas le faire, mais on lui avait aussi dit de ne rien oublier dans le four. Ses doigts ont rencontré la grille une première fois. Il a voulu les sauver en vitesse de la chaleur, mais alors son avant-bras a heurté la plaque brûlante d’en dessous. Du coup, il a décalé brusquement son poignet, et c’est la flamme du four à pain que sa main a directement croisé sur son chemin. C’était moche à voir. Il avait même crié. Madame Martin aussi avait crié, et l’avait fait accompagner devant les urgences en enroulant sa main dans un torchon humide. Heureusement, elle avait presque l’air de ne pas être trop bouleversée par les croissants gâchés. Peut-être qu’il pourra y retourner.
    Et maintenant il était là, à attendre. Il ne savait même pas vraiment ce qui l’attendait à la fin de cette longue attente. En plus il avait faim. Sa blessure le lançait beaucoup, malgré la glace, ce qui l’empêchait de se concentrer sur les images du magazine qu’il prétendait lire. La secrétaire lui avait dit de ne pas enlever le torchon, mais bon, il avait vérifié qu’elle ne regardait pas à ce moment, et hop, avait soulevé le torchon et la glace. Il voulait jeter un coup d’œil à sa blessure. C’était moche à voir. Enflée, rouge et couverte de cloques, elle ressemblait à … Une main brûlée ?

    « SUIVANT »

    Peter ne réagit pas. Le fameux suivant, il l’avait entendu plein de fois déjà, et personne ne lui avait dit de bouger. Il attendait un « Peter » ou quelque chose comme ça. Mais les regards étaient posés sur lui, avec insistance. Et personne ne bougeait. Ce devait être son tour. Alors il se leva, fit tomber le magazine, se pencha pour ramasser le catalogue, fit tomber la glace, se pencha pour ramasser la glace, posa la glace sur le tas de magazines, ramassa la glace qui n’était pas à sa place, reposa le magazine, et se mit en marche, sa main entouré dans le torchon.
    D’abord, il passa la tête pour vérifier que c’était bien là. Il découvrit un homme en blanc.

    « Bonjour, je suis Peter. »

    Il fit deux pas à l’intérieur, mal à l’aise, avant de reprendre.

    « C’est Madame Martin qui m’envoie. »
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MessageSujet: Re: Je suis venu vous voir [Libre]   Mer 19 Oct - 20:53
En général, à la fac de médecine, en France, on voit apprend à vous distancier de vos patients en les vouvoyant et en leur donnant du Monsieur ou du Madame. Dans les pays anglo-saxons, comme la règle du vouvoiement n’existe pas, la distanciation est morte dans l’œuf. Du coup, on donne plus volontiers nos prénoms. J’ai été formé de cette manière-là et ça me convient. Les façons « à la française » sont parfois trop guindées, surtout quand il est parfois nécessaire de gagner la confiance de nos patients.

Et j’attends. Encore. Un patient qui a pris la poudre d’escampette. C’est pas rare, vous n’imaginez pas. Trop soul, trop drogué, trop honteux aussi. Ça s’enregistre et puis ça disparait dans un nuage de fumée. Pouf. Plus rien. J’attends quand je vois alors Mister Catastrophe se lever. Au fil des ans, vous parvenez vite à vous faire une idée de votre client. Lui, c’est du genre à grimper sur une échelle en pleine tempête ou à faire du surf pendant un ouragan, c’est pas possible.
J’ai appris, avec l’expérience, à rester impassible – tout en gardant un visage avenant parce que c’est important que les patients aient confiance en nous – alors qu’intérieurement je me marre comme un gosse de 8 ans devant les maladresses du type.
Le voilà enfin et je ne lui serre pas la main. Jamais. Microbes, blessure qu’on n’aurait pas vu. Y a plein de raisons. Quand il quittera les urgences peut-être.


Bonjour Peter. Je suis le Dr Finley MacAlister. Suivez moi.

Observation immédiate. Main cachée dans une serviette. Mouillée apparemment. Ça sent la brûlure. Un classique. Je tourne les talons, tout en m’assurant qu’il me suive. Je passe mon badge qui déverrouille la porte. Ici, on ne rentre pas dans les urgences même sans un médecin. Ça m’est arrivé pas mal de fois, pendant mon internat de me retrouver avec un type qui n’a rien à foutre à un endroit et parfois, j’ai quand même bien flipper ma race.

On va dans une des salles d’examens, la numéro 7. C’est une pièce classique. Des placards avec tout un tas de trucs dont les gens se demandent à quoi ça peut bien servir, une table d’auscultation, un bureau avec son ordi et de quoi faire des ordonnances. Et une infirmière qui est là, à la fois pour m’aider en cas de besoin et aussi pour tenir la chandelle. Ça évite de fausses accusations.

Asseyez vous !

Je tapote la table d’auscultation et tire mon tabouret à roulette. J’ignore qui est Madame Martin, mais elle a bien fait de le faire venir. Parce que quand je soulève la serviette, j’ai un coup d’œil appréciateur à la belle brûlure.

Joliiiiii ! Vous avez fait ça comment ?
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MessageSujet: Re: Je suis venu vous voir [Libre]   Mer 26 Oct - 15:56
    Peter était un parfait novice en ce qui concernait le cérémonial médical. Il l’était dans beaucoup de domaines, mais celui-là tout particulièrement. Il n’était pas un adepte du fameux pas classe/médecin/pharma/canapé-télé de tout lycéen fiévreux, ou prétendant l’être pour rater l’examen trop compliqué d’histoire.
    Donc c’était son tour, bien. Mais que devait-il faire au juste ? Timidement, et maladroitement, il s’était avancé à la rencontre de son médecin. Celui-ci s’avérait être un homme, a l’air amical, mais victime de la mode imposée de la blouse blanche. Poli, le jeune homme se présenta. Sa main tendue resta vide, et déjà son docteur rebroussait chemin. Nullement offensé, il glissa ses doigts valides dans la poche de son jean. Ils allaient vers la grande porte, celles où tous les autres visiteurs avant lui avaient disparus. Son cœur battit plus vite dans sa poitrine, impatient de découvrir le lieu interdit. Et puis il quittait la pièce où était installée la secrétaire. Il était bien content de s’éloigner d’elle, de son regard scrutateur et ses soupirs désespérés. Elle lui faisait peur.
    Le chef de leur petite troupe (oui, une troupe de deux) pointa une carte devant un étrange boitier blanc. Les battants se déverrouillèrent. Le visiteur écarquilla les yeux, fasciné. Il resta là quelques instants, immobile, essayant de s’expliquer ce mécanisme incroyable. Non, aucune idée. L’étrange machine était redevenue silencieuse. Renonçant, il franchit finalement le seuil en direction de la nouveauté.

    Je ne peux pas vous cacher qu’il fut déçu. Lui qui espérait une place grouillante de tous les visiteurs qui avaient disparu depuis qu’il attendait, dans des couloirs multicolores avec une tasse de thé à la main à discuter joyeusement, il découvrit en fait simplement la copie conforme d’un banal hôpital. Les urgences étaient-elles seulement un hôpital pour les gens pressés ? Ceux qui ne voulaient pas y rester plus d’une journée ?
    Ils entrèrent dans une pièce aux murs aussi brillants que le reste du bâtiment. Une jeune femme était là aussi. Elle finissait d’installer un grand morceau de papier sur la chaise effrayante où on lui indiqua de prendre place. Tremblant, il alla s’installer. Allait-il mourir comme sa mère ? Ou perdre sa main ? C’est pour ça qu’on l’avait fait venir ?

    « Bonjour, je suis Peter. »

    Un jour, il apprendrait à perdre le réflexe de se présenter à toutes les personnes qu’il rencontrait. Un jour, pas aujourd’hui. Il sursauta au bruit des roulettes qui s’approchaient, mais respira à fond en tendant son bras invalide ce coup-ci. Celui-là, le médecin ne le refusa pas. Il ôta son petit bandage improvisé pour l’observer. Dès que sa brûlure était mise à main nue, la douleur redoublait d’intensité.

    « J’ai un problème avec le four à pain de la boulangerie. J’avais laissé brûler des croissants, alors j’ai voulu vite les enlever pour pas que Madame Martin, qui est ma chef, m’engueule, mais ... »

    Il s’était arrêté de lui-même de conter son histoire trop longue. Non pas parce qu’il se rendait compte qu’elle ennuyait tout le monde, pour autre chose.

    « Ça me fait très mal en fait sans la serviette. »

    Il enleva un peu son membre, décidé à le remettre à l’abri de la douleur. C’est pour ça alors que la secrétaire ne voulait pas qu’il enlève la glace.

    « Je vais perdre ma main ? »

    Il était très sérieusement inquiet à ce sujet.

    « Je pourrais plus pétrir le pain avec une seule main. »

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MessageSujet: Re: Je suis venu vous voir [Libre]   Jeu 27 Oct - 10:36
Perdre votre main ?

Je regardais avec attention sa plaie quand il m’a posé la question et j’ai relevé mes yeux, un rien surpris. C’est fou ce que les gens peuvent imaginer. Je pense sincèrement qu’on devrait interdire les sites comme Doctissimo. Déjà que les gens sont paranos, mais c’est pire encore maintenant. Ils arrivent avec leurs propres diagnostiques, quitte à en faire des caisses en plus et se rajouter des symptômes pour qu’on leur donne raison. Au risque d’empirer leur état. Je secoue la tête gentiment. L’important est de toujours rassurer les gens. Il serait arrivé carbonisé, je lui aurais dit que tout allait bien se passer. Enfin bon, heureusement, on n’en est pas là. Et perso, j’ai horreur de soigner les grands brûlés. Vous me direz, personne n’aime ça mais moi ça me remue toujours autant le bide. Chaque médecin a ses faiblesses. Certains, ce sont les gosses, d’autres, le vomi, moi, ce sont les blessures graves. Heureusement, on en est loin dans son cas, même si ça reste un cas sérieux, d’autant qu’il a besoin de sa main.

Mais non voyons. On n’ampute jamais une blessure à cause d’un four. Je vais vous dire, vous allez apprendre à pétrir avec votre coude pendant environ un mois. Rien de grave. Et en plus c’est un accident du travail. Tout va être pris en charge par votre employeur. Mais attendez. Regardez. Je vais vous montrer ce qu’on a.

Je désigne certains points de sa main, au fur et à mesure de mes explications, pour qu’il comprenne tout bien.

Il y a toujours différents degrés de brulure dans ce genre de cas.

Là, sur les bords, c’est du premier degré. C’est superficiel. Mais attention. Superficiel ne veut pas dire que ça ne fait pas mal. Loin de moi de vouloir suggérer ça. Ça signifie simplement que tout va bien. La peau a fait son travail de protection. On met de la crème plusieurs fois par jour, et dans une semaine, on n’y verra plus rien.

Je lui fais un sourire. On touche à 40% de sa brûlure. Franchement, vu ce qu’il me décrit, il a eu le cul bordé de nouilles, mais ça c’est que mon avis.

Ensuite, le gros de votre blessure, environ 50% c’est du second degré superficiel. On va avoir des cloques à percer éventuellement. Ça brûle plus longtemps parce que la brulure est plus profonde. Dans du 1er degré, en fait, c’est juste la surface. Là, on gros, ça continue de bruler mais à l’intérieur. C’est pour ça que vous avez mal.

Ici, on va mettre des crèmes grasses, protégées par des pansements gras eux aussi pour aider la peau à se refaire plus vite. Vous allez avoir des croutes à ne surtout pas toucher.

Je montre deux toutes petites zones de la main sur lesquelles j’étais en train de me focaliser quand il m’a interrogé.

C’est profond ici. Mais c’est bien. Si vous avez mal c’est très bien. Ça signifie que les nerfs ne sont pas totalement endommagés. On va faire plus attention et vous allez surement avoir une petite cicatrice.

J’enfile des gants. L’infirmière, elle, commence déjà à préparer le nécessaire pour les soins.

Vous avez des allergies avant que je commence les soins ?
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MessageSujet: Re: Je suis venu vous voir [Libre]   Mer 23 Nov - 12:07
    Qu’il aille chercher sur Doctissimo ? Aucuns risques avec lui ! Pour l’instant du moins, il ne vivait que dans le monde réel. Le fait qu’il ne sache pas lire devait en être l’explication. Peut-être qu’un jour il finirait par s’initier à la magie d’internet, comme tout le reste de la population du 21ème siècle ? C’est que ça peut être une sacrée petite révolution de s’inscrire sur Facebook et taper n’importe quoi dans la barre de recherche Google. Ça pourrait même lui faire passer cette insupportable manie de questionner tout et n’importe quoi.
    Le médecin le rassura immédiatement du côté de l’amputation, et de pleins d’autres choses d’ailleurs, auquel il n’aurait jamais pensé. Il parlait énormément. Heureusement, Peter avait saisi l’essentiel de ce qu’il lui racontait. Pour ce qui était de ce qu’il ne comprenait pas, il le stockait dans un coin de son cerveau, et il le ressortirait plus tard pour donner du sens à tout ça.
    Finalement, le docteur d’humeur bavarde – quand on pense qu’on lui reprochait à lui de trop parler – se mit à décrire sa blessure. Le début était encourageant : mettre un peu de crème, il pouvait le faire. Mais ensuite tout se compliqua d’un seul coup : des cloques à percer, brûlure à l’intérieur, crèmes grasses, pansements, croûtes à ne pas toucher … Une cicatrice ? Des allergies ? Wait, wait, tout ça allait bien trop vite pour lui ! Pourquoi il mettait des gants, qu’est-ce qu’il allait faire maintenant ? Et pourquoi ils étaient deux pour s’occuper de lui ? Il n’avait pas seulement parlé d’un peu de crème et d’un pansement il y a quelques instants ?

    Peter enleva sa main brusquement avant de se lever du siège, s’échappant au fond de la salle en bousculant probablement quelques objets. Il commença par protester :

    « Je sais pas si j’ai des allergies ! »

    Avant de continuer, attrapant sur sa route le premier accessoire qui lui passait sous la main. Il était prêt à l’utiliser comme arme de fortune s’ils entreprenaient de le réinstaller de force.

    « Vous allez me faire quoi ?! Vous avez juste parlé de crème et de pansements ! »

    Ce n’était pas une question d’être douillet ou délicat. Quand tu as deux parents héroïnomanes, tu arrêtes de pleurer pour un bobo bien avant que l’on te se décide à te donner un bisou magique.
    Non, c’était juste qu’il avait peur des médecins, et de tous leurs outils barbares. Si tu ne faisais pas attention, ils pouvaient te faire tomber les cheveux ou faire un peu de couture dans ton bras.
    La voix tremblante, il continua alors qu’il touchait déjà le mur le plus éloigné.

    « C’est la première fois que je vois … Quelqu’un comme vous, avec vos blouses blanches. J’ai vu plein de gens entrer et ne plus ressortir, il m’arrivera pas la même chose, je vous préviens ! Je vous laisserais pas me faire du mal ! »
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MessageSujet: Re: Je suis venu vous voir [Libre]   Jeu 24 Nov - 3:16
Oui, des allergies pour les soins…

Mais avant que j’explique davantage, voilà qu’il… pète un câble. Voilà pourquoi j’ai horreur de descendre au charbon. Y a toujours des trucs pas croyables. Une fois, y a une nana qui est venue avec son chien coincé dans… Bon, j’vais pas vous faire un dessin hein. Et puis y a les gens qui se font agresser sexuellement par des objets ou des aliments. Y a les psychotiques, les schizos, les bipolaires, tous les trucs psy qui pètent un cable. Les gens « normaux » qui juste ne supportent pas d’attendre. Alors lui, je me le cogne dans quelle catégorie hein ?
Je roule des yeux et je pose soigneusement tout ce dont je vais avoir besoin pour les soins, histoire qu’il sache ce qui l’attend, avec l’infirmière à côté de moi qui a l’air de se demander si elle doit appeler la sécurité. Je lui fais un simple signe que non de la tête et je détaille mon matériel.

Alors, on va vous faire une injection d’antibiotiques. Rien de méchant. Juste pour éviter une infection. Ensuite, vous prendrez le traitement oralement, chez vous, le temps de la cicatrisation.
Quand j’aurai fait ça, on va mettre une grosse tartine de crème grasse, tant que la peau l’absorbe.
Quand elle arrêtera d’absorber, je vais vous faire un gros bandage.
une fois qu’on aura fait ça, je vais vous apprendre à vous faire vos soins tout seul comme un grand et vous faire les prescriptions nécessaires. Sachant que c’est un accident de travail, vous n’aurez évidemment rien à payer.

Voilà. J’ai tout bien expliqué. Calmement. Je ne comprends pas trop de quoi il me parle avec les blouses blanches. Je veux dire. Il a 20 ans. Il a déjà vu des toubibs. Surtout un gars. Il s’est forcément cassé un truc et il est passé par les urgences. Vous connaissez un gosse sans une seule fracture ? Moi pas. En plus, c’est mieux, sinon je serais au chômage.
Et puis de quoi il parle avec les gens qui rentrent et sortent pas ? Il a fumé ? Bu ? Il est drogué ?

Et je vous rassure hein. Je suis payé pour vous soigner.

Je lève les mains en l’air. Je suis innocent, je le jure. Sérieux, j’peux pas bosser avec des gens normaux des fois ? Juste pour voir ce que ça fait un peu. Pour changer. Je sais pas. Une bonne vieille fracture déplacée des familles. Pouf. Des broches. Pouf, patient suivant. Ah ! J’en rêve. Presque.

En plus si vous carpez, ma prime d’assurance va s’en prendre un coup et j’ai pas les moyens.

ça c’est juste parce que je suis hyper dépensier, certes. J’ai un train de vie royal. Mais justement. C’est parce qu’avec moi, les gens ne passent pas l’arme à gauche, loin de là. J’ai d’excellentes statistiques. C’est pas pour rien qu’on m’invite régulièrement à opérer à l’étranger.

Allez boudez pas.

Je pousse avec mes pieds mon tabouret à roulette pour rouler jusqu’au meuble derrière moi. j’ouvre un tiroir et fouille, avant d’extirper ce que je cherchais et que je cache dans ma main. Je reviens vers la table de soin.

TADAAAAAAAM.

Et me voilà à montrer une sucette, de celle que j’offre aux gosses que j’examine.

C’est ma seule et unique dangereuse arme. Celle qui envoie chez le pire ennemi de l’homme : le DENTISTE.
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