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 Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]

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MessageSujet: Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]   Ven 7 Oct - 16:32

    Paris est toujours une bonne idée. Audrey n’avait pas dû débarquer seule dans la capitale française pour avoir osé dire cette connerie. Peter, lui, était seul. Lui et lui-même, en tête à tête toute la journée, à se raconter les mêmes histoires barbantes. Il faut avouer qu’il est très difficile de se surprendre soi-même. Je suis prêt à parier que vous n’y arriverez pas. Le jeune homme ne faisait pas exception à la règle, il n’y arrivait pas. Alors il s’emmerdait. Il avait usé ses chaussures sur le bitume toute la journée, avait passé la semaine à longer des bâtisses qui se ressemblaient toutes, avait fixé les nuages avec une attention tout à fait inappropriée, allongé sur l’une des rares parcelles d’herbe de la cité qu’il était autorisé de piétiner. Mais la vérité était que personne ne prenait jamais le temps de lui parler.Heureusement, ce matin, il allait vaincre la solitude de sa routine. Il avait eu une idée, en regardant passer deux étudiants, pochette à ordinateur coincée sous le bras pour tenir d’une main une cigarette et de l’autre un café latte. Aujourd’hui, il irait à l’université. On lui avait raconté quelques histoires à ce sujet, et dans sa tête, il se représentait l’endroit comme une grande salle de cinéma, mais destinée à rendre les gens intelligents, et pas l’inverse. Ils laissaient la lumière allumée aussi dans les salles d’universités. Quoi qu’il en soit, c’était là que se trouvaient les gens de son âge. Donc rien de mieux pour se faire des amis. Et de toute façon, prendre le risque d’apprendre quelque chose n’allait pas lui faire de mal, si ? Peter se leva avec enthousiasme de son banc, ôta les mains de ses poches avec un petit sourire aux lèvres et entreprit de suivre les deux jeunes gens. Ils piaillaient avec tellement d’implication que pendant un instant, le suiveur craignit qu’ils continuent de marcher sans but toute la journée. Mais quelques petites minutes plus tard, ils arrivèrent devant un grand bâtiment. L’étranger se maîtrisa pour ne pas le fixer comme s’il le découvrait pour la toute première fois. Personne ne lui demanda rien, aussi s’engouffra-t-il à l’intérieur, suivant toujours, à bonne distance, ses deux guides. Ils ne marquèrent aucune halte une fois à l’intérieur, se contentant de traverser des couloirs et saluer quelques personnes à coup de brèves poignées de mains. Alors c’était ça l’université ? On ne lui avait pas menti : des jeunes, partout, plus qu’il n’en avait jamais espéré. Rigolant ou s’ignorant, trop bruyamment ou des écouteurs sur les oreilles, un téléphone greffé au poignet. Mais quel était le lien avec un cinéma ? Et puis ces jeunes gens n’étaient pas censés être ici pour apprendre quelque chose ? Il trouva bien vite une réponse à ses questions, lorsque les deux amis poussèrent une porte. La salle de cours se révéla aux yeux ébahis de l’explorateur des temps modernes. Ce dernier ne put retenir un hochement de tête impressionné, en marquant un net arrêt involontaire à l’entrée des lieux. Il reprit contenance en croisant des regards méprisants, remonta le col de sa chemise noire et glissa les mains dans les poches de son jean, et chercha un siège. Vers le fond, là où étaient rassemblés la plupart des élèves. Il plongea dans l’une des premières rangées largement occupées pour prendre place à côté d’un parfait inconnu. Pardonnez le, il n’était pas au courant. Il ne savait pas encore qu’un tel acte était un crime. Il finira par apprendre, comme tous les autres, que les Parisiens évitent à tout prix de s’asseoir à moins d’un siège d’écart d’un autre Parisien.Un grand sourire gagna ses lèvres quand il s’installa confortablement. Il fit partager son bonheur à son voisin d’un regard avant de fixer l’écran face à eux. Du texte, en gros caractères en plein milieu. Il ne pouvait rien déchiffrer. L’intitulé du cours ?"C'est cours de quoi?"Deuxième erreur: parler à un étudiant que tu ne connais pas. Fatale?


Dernière édition par Peter Ambroziak le Sam 8 Oct - 4:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]   Sam 8 Oct - 4:07

    Salut encore,

    Les cours ont repris, officiellement. Et par là, je veux dire que les premières semaines pendant lesquelles les professeurs se présentent et énumèrent leurs diplômes sont derrière moi. Bien derrière. Les notions s'empilent et s'emmêlent et je dois faire quelque chose avec tout ça. J'ai l'habitude. Du coup, l'université, c'est somme toute la même chose, même de l'autre côté de l'Atlantique.

    Dans la maison que je partage dans Montmartre, j'ai fumé un petit pétard, avant de me rendre au métro, me rendre à mon cours vraiment. Je crois que j'étais un peu stressé, ou du moins, je sais pas, mal. J'avais la nausée pour la vie, un peu. Comme à l'habitude quoi. Sensiblement le même feeling dont je te parlais quand j'étais encore en Amérique. Au moins, c'est moins fréquent ici, à Paris. Et dans ces moments, je trouve un certain confort sur le divan de ma fenêtre en saillie. Je m'y installe, y ouvre une fenêtre, y fume un pétard et ça passe. Je vois tout Paris et ça me rassure. Je me trouve plus grand, plus infini. Tout est calme et serein à une certaine altitude.

    Le gars du deuxième, peut-être Thomas, a senti tout ça et est vite monté pour cogner à ma porte. Je lui ai poliment fermé la porte au nez alors qu'il insistait pour que je partage mon herbe avec lui. Après quoi, peut-être Thomas est allé dire des vacheries sur mon dos à nos colocataires rassemblés dans le salon. Il voulait surement que je le surprenne, comme je l'entendais du dernier étage. J'ai pris soin de lui envoyer mon sourire le plus narquois en quittant la maison. J'ai aussi pris soin de bien verrouiller la porte de ma chambre.

    Le trajet en métro c'est bien déroulé, j'ai souri en voyant des gosses faire des conneries dans le wagon. Une femme leur reprochait leur inconduite, alors qu'ils faisaient que déconner avec les poteaux de métal. Ça m'a rappelé moi à leur âge et je pense que mes rires complices encourageaient leur inadvertance. La dame, elle, me balançait de temps à autres ses yeux désapprobateurs, quand ceux-ci cessaient un instant de fixer les adolescents. Au bout d'un moment, j'ai dû descendre à ma station. Tout ça m'avait fait oublié de faire mes lectures préalables pendant le trajet, ce qui m'a fait rire. Tant pis.

    La distance entre la station et ma classe n'est vraiment pas très longue, mais elle le paraît toujours comme je la fais seul. Quelques gens du programme m'ont approché dès qu'ils dénotèrent mon accent, mais j'en avais que très peu envie d'être le sujet de leur prochaine chronique ethnologique. Au contraire, je m'entends très bien avec les gens dans la boîte où je fais mon stage. Il y a une soirée intime justement dans quelques jours. Je te récrirai à ce sujet, te décrirai si le tout s'est bien déroulé ou non. J'ai pris une place anonyme et tenté d'oublier moi-même où je me trouvais. J'en étais jusqu'à faire aller mes prunelles de gauche à droite, feignant de lire le bouquin de Lévi-Strauss à l'étude afin d'éviter de devoir parler à quelqu'un. Évidemment, ce même quelqu'un a pris les devants en s'asseyant à ma droite. J'ai fait de mon mieux pour paraître le plus déconnecté possible, ce qui ne s'est pas avéré trop difficile, l'effet du pétard persistant. Chose étrange, je sentais le regard souriant du garçon peser contre moi. Puis, il m'adressa la parole, intrusion que j'étais convaincu sur le coup m'irriterais.

    "C'est cours de quoi?"

    Je lui ai jeté un regard d'abord méfiant, mais aussi curieux. Après tout, que voulait-il dire? La matière du cours, de la séance? Ou cherchait-il le pire prétexte pour débuter une conversation? Ou bien, se sentait-il peut-être simplement mal à l'aise avec mon silence et s'efforçait à le combler sans pour autant désirer entamer une discussion propre. J'étais confus, sur mes gardes. Me vint l'idée de me jouer de sa gueule, mais je me ravissais. J'ai senti une sincérité dans sa question. Après tout, il aurait pu se tromper de classe? Pourtant, le titre du cours était clairement indiqué sur le tableau numérique…

    "Auteurs de sociologie et d'anthropologie : famille et parenté. Là, regarde. "

    Je lui pointais l'écran, bien que je me doutais qu'il n'étais pas aveugle. De mon mieux, je tentais d'éviter son regard. Je ne voulais pas discuter, je ne voulais même pas être là, merde. Je savais pas non plus où j'aurais préféré être, mais je savais que là, j'étais pas bien. C'est dans ma tête, ma psy disait. Mais ça peut pas trop être vrai, ou du moins, c'est pas toute la vérité, parce que c'est dans ton mon corps. Et là, surtout, j'aimais pas que mon voisin de siège me jetais des regards furtifs, comme si je lui devais une phrase. Alors, je lui ai balancé quelque chose, comme pour m'en débarrasser.

    "T'as lu Lévi-Strauss?"

    J'espérais qu'il se mette à parler ou quelque chose et que je ne ressente plus le besoin de répondre ou de commenter. Je passais ma main dans mes cheveux comme je le fais quand je suis inconfortable. J'avais si hâte que la séance achève, j'avais quelques amis qui voulaient aller trainer dans un bar où une soirée d'humour avait lieu. Tu dois savoir maintenant comment j'aime l'humour et comment j'aime ne pas être en classe. J'agitais mon crayon avec impatience, sans me soucier d'être désagréable.

    Vraiment, je voulais juste ne plus être là.
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MessageSujet: Re: Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]   Ven 14 Oct - 14:29
    Pour l’apprenti boulanger, l’université avait tout de nouveau. Etre étudiant, il pouvait à peine rêver le devenir un jour. Aussi se demanda-t-il si tous ces jeunes gens réalisaient la chance qu’ils avaient d’être assis là, sur ces bancs inconfortables, à écouter un type qui n’a rien fait d’autre de sa vie qu’enseigner t’expliquer comment fonctionnait la vraie vie ? Pourquoi diable tiraient-ils tous la gueule comme ça ? Starbucks était-il fermé aujourd’hui ? Ou alors l’enseigne était-elle en rupture de muffin double-chocolat ?
    Son voisin ne faisait pas exception à la règle du tirage de gueule. Un nez pointu, la peau pâle, un visage rond entouré de boucles blondes. Il ne le regardait pas, était-ce volontaire ou ne l’avait-il pas vu ? Impossible qu’il ne se soit pas rendu compte de sa présence, avec le boucan qu’il avait fait en arrivant, puis en s’asseyant. Peter prit la parole, un sourire amical toujours pendu à ses lèvres. Leurs regards se croisèrent enfin. Des yeux sombres, légèrement rougis, un nez plus large qu’il l’avait pensé de profil. Il devait être mignon quand il souriait. Mais il ne le faisait pas. Il mit assez longtemps à répondre, plus longtemps que Madame Martin, sa patronne, lorsqu’il lui demandait des explications. Le faux étudiant s’inquiéta un peu, essayant de déchiffrer une émotion sur le visage qu’il avait nettement imprimé dans sa mémoire. En rentrant, il le dessinerait sûrement, dans les détails, mais il ne déchiffrait rien de ses expressions. Il n’avait jamais su déterminer ce qui n’était pas implicite.
    Après ce qui lui parut une éternité, alors qu’à peine quelques secondes avaient filé, l’inconnu ouvrit la bouche. Ses pommettes s’accentuaient quand il parlait, et il avait un accent qu’il n’avait jamais entendu auparavant.

    "Auteurs de sociologie et d'anthropologie : famille et parenté. Là, regarde. "

    Son voisin tendit le doigt, Peter suivit sa main des yeux, avant de détourner lentement la tête vers le tableau. Sociologie. Anthropologie. Merde, qu’est-ce que ça voulait dire ? Auteur, oui il savait, c’est ceux qui écrivent les livres. Famille ? Facile, il en avait presque eu une. Parents ? Il n’aimait pas ce mot. Thé ? Il en aurait bien bu un, tiens. Il fronça les sourcils en regardant ses mains s’agiter, signe de son malaise, pendant qu’il essayait de déterminer ce que tout ce charabia pouvait bien signifier.
    Il voulut trouver la réponse en jetant des regards à côté de lui, comme si son interlocuteur allait lui fournir plus de détails, allait patiemment lui expliquer. Mais rien ne vint. Ah si.

    "T'as lu Lévi-Strauss?"

    Mais de quoi il parlait ? C’était un livre ? Evidement que non, il ne l’avait pas lu. Et le titre était étrange, très étrange. Il ne le comprenait pas non plus. Décidemment, il avait du mal à communiquer avec des étudiants.

    « Euh … Non … Mais j’ai lu Peter Pan. Tu connais ? »

    Bon, il ne l’avait pas littéralement lu, tourné ainsi ça relevait du mensonge. Mais il avait une cassette audio du livre qu’il écoutait en boucle depuis qu’il était enfant. Il la connaissait pratiquement par cœur. C’était tout comme, non ? Peut-être pas, il fallait repasser à quelque chose de plus classique. La base de la base. Il lui tendit la main pour serrer la sienne, retrouvant le sourire.

    « Au fait moi c’est Peter. Et toi ? »

    Songeant à l’accent inidentifiable qu’il avait entendu et qui l’intriguait, il ajouta une question à son introduction improvisée, qu’il espérait avoir correctement exécutée.

    « Tu viens d’où ? »
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MessageSujet: Re: Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]   Jeu 20 Oct - 1:10

Soudain, les règles du jeu ont changé. Un instant plus tôt, j'imaginais peu d'endroits pires que cette classe d'anthropologie. Maintenant, j'étais… j'étais franchement intrigué.

"Euh … Non … Mais j'ai lu Peter Pan. Tu connais?"

The boy who never grow up… C'est le surnom qui me fut donné en Amérique. J'ai eu envie de sourire en songeant aux anecdotes qui avaient mené à ce que ce surnom me soit donné. Mais plutôt que de sourire, j'ai tourné ma tête vers mon voisin, une curiosité toute sauf pudique plaquant mes yeux noirs. Je l'ai étudié, une étude franche et investie, loin de celle que j'avais fait pour ce cours. C'était un joli garçon, avec une forte mâchoire et des yeux profonds, mais brillants. Ses cheveux paraissaient en pagaille, mais étaient surtout charmants. Il ne m'inspirait pas l'archétype de l'étudiant d'anthropologie. Plutôt un garçon plus… plus fauve. Je l'imaginais vivre d'une manière tout à fait différente, très marginale, peut-être même asociale. Sur le coup, j'ignorais si je me méprenais complètement ou si je tombais en plein dans le mille. Avant que mon silence paraisse trop long et que mon regard pèse trop, je lui ai répondu.

"Oui, je connais. Assez fucked up quand on y pense."

Il s'est ensuite présenté. Peter qu'il s'appelle. Je lui ai légèrement souri.

"Fab. Je viens d'Amérique."

Je n'aimais pas précisé mon origine. Surtout puisque j'avais vécu un peu partout au Nouveau Monde. Tant qu'à un certain point, ces phases de ma vie devenaient si floues que je n'étais plus capable de les discerner. Une autre raison pour laquelle j'évitais de détailler mon origine.

"Ce cours fait chier, tu penses pas?"

Je l'écoutais, mais ne l'écoutais pas trop non plus. J'étais distrait. Distrait par des idées de grandeur ou de petitesse, des idées n'ayant rien à voir avec l'anthropologie ou l'érudition. J'étais calme pourtant, mais mon esprit tourbillonnait dans le chaos. Il y a quelque chose de paisible dans tout ça, le vide, l'indolence. Le cours allait commencé, le professeur profitait des dernières minutes avant l'heure si appréhendée. Les horaires universitaires juraient avec les miens. J'ai eu envie d'une clope… Et je songeais à fuir et je songeais à partir. Paris, mais quelle idée? L'université, aussi! Mon coeur me parait peut-être trop sombre pour une cité telle que la Ville Lumière…

Quittant ma tête un instant, j'ai pris le temps d'étudier ses gestes, son regard, son non-verbal enfin. Chose certaine, ce type n'était pas honnête. Ça se sentait. Je posais la question qui me brûlait les lèvres.

"Es-tu dans ce cours?"
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MessageSujet: Re: Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]   Ven 28 Oct - 7:48

    Peter n’avait pas côtoyé beaucoup de personnes de son âge, et encore moins des garçons. On lui avait dit qu’ils étaient des brutes stupides, tandis que les filles étaient gentilles et sensibles. Etait-il une fille alors ?
    Son voisin n’avait pas l’air de le détester. Enfin, à présent, il osait le regardait, et posait quelques questions. C’est qu’il devait avoir envie de discuter un peu, et qu’il n’était pas si mécontent d’être à côté de lui. Avec un peu de chance, il cherchait peut-être même un ami ? A moins qu'il fasse semblant, tout comme lu prétendait être étudiant.

    "Oui, je connais. Assez fucked up quand on y pense."

    Le jeune homme fronça les sourcils. Il connaissait Peter Pan, ça c’était bien. Mais ça l’embêtait un peu qu’il prenne l’histoire de Neverland à la légère comme ça. Le refus de grandir, le paradis imaginaire, c’était un sujet à prendre au sérieux, rien de décalé ! Sauf qu'en vérité, ce qui le perturbait réellement, c’était le mélange d’anglais et de français dans sa phrase. Oh, il parlait parfaitement les deux langues, ce n'était pas le problème. Mais jamais en même temps, ni avec la même personne. Son cerveau n’était pas habitué à un tel exercice.

    « Oh, tu parles anglais ? »

    Fab, c’est noté. Fab d’Amérique. Il ne connaissait pas cet endroit, c’était où ? Loin du Sud de la France ? Ou plus vers Paris peut-être ? Quelle langue parlaient-ils là-bas ? L’américais ?

    "Ce cours fait chier, tu penses pas?"

    Sa réflexion sur le pays d’origine de son camarade provisoire s’évapora. Le cours fait chier ? Pourquoi disait-il ça ? Rien n’avait encore commencé, non ? Ah, peut-être voulait-il dire de manière générale, et non pas que maintenant ?Que faisait-il ici s’il n’aimait pas son sujet de prédilection ? C'était bizarre. Il ferait mieux de trouver autre chose, un truc qui lui plaisait vraiment. Comme lui, il était heureux quand il était à la boulangerie, ça l’amusait de préparer des viennoiseries.
    Mais le vrai problème était : que lui répondre ? Lui dire qu’il aimait bien ? Qu’il détestait aussi ? Lui avouer que c’était la première fois qu’il venait ?

    "Es-tu dans ce cours?"

    Une fois de plus, il le coupa net dans sa réflexion. La gorge de Peter se noua, et il fixa le texte sur l’écran, paniqué. Comme si ça allait l'aider. Ses dents se plantèrent dans sa lèvre inférieure. On aurait dit un enfant prit en faute, qui n’osait bouger de peur de se faire réprimander. Son regard inquiet se tourna vers son interlocuteur, comme pour l’amadouer.

    « Tu vas le dire à personne, hein ? »

    Il reprit, comme pour se justifier, sans oublier de se référer à son histoire préféré.

    « Je suis pas vraiment étudiant, je suis plutôt un lost boy… »

    Se sentant à présent encore moins à sa place qu’à son arrivée, il se redressa, prêt à partir.

    « Je ferais peut-être mieux de partir… Peut-être que toi aussi, enfin t'as pas l'air d’aimer ce cours. »

    Il se leva, déterminé à disparaître de cette salle surpeuplée.
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MessageSujet: Re: Encore un jour se lève sur la jeunesse France [libre]   Jeu 3 Nov - 22:55

Encore aujourd'hui, j'oublie comment les Français trouvent inusités l'emploi d'expressions anglaises ici et là dans leurs discours. Au Québec, glisser un « thanks », un «what », un « fuck off », ou même un « shut up » de temps en temps est assez régulier. Il faut dire que l'anglophonie nous entoure, de notre côté de l'Atlantique. Je me suis contenté de hoché la tête de haut en bas quand il m'a demandé si je parlais bien anglais. Enfin, je ne voyais pas la nécessité de… d'étaler le récit de ma vie vraiment. Né ici, raised here, étudié là-bas, lived there, vécu seul dans ce coin, been in theses cities for a while… Devant son silence, je serrais les lèvres, espérant que les discours du prof ne m'embête pas trop cette fois-ci.

Soudain, Peter m'a avoué ne pas être inscrit à ce cours. Je me suis mis à le fixer avec mes yeux. Plusieurs savent comment mon regard peut être perçant, violent même. À ma défense, je ne comprenais tout simplement pas pourquoi quelqu'un pouvait se pointer ainsi dans l'un des cours les moins stimulants offerts par l'université. Je ne comprenais pas même pourquoi moi j'étais là. No offense, mais il y avait tellement de trucs plus intéressants à faire ailleurs. Je n'étais pas venu à Paris pour quelques mois dans le but de passer mon temps coincé dans des salles de classe ou encore abruti par des textes pseudo-savants. D'autant plus que Peter m'a d'abord paru comme un type plutôt saugrenu, dans sa manière d'agir, sa manière de parler, sa manière d'être. Son malaise était évident, comme si son sentiment de stupeur paralysait tout son corps.

Puis, il a bondi avec l'intention claire de quitter la pièce. Mes yeux étaient concentrés sur lui, mais je suis convaincu que tous les autres étudiants du cours l'observaient, prenaient des notes sur sa conduite. À nouveau, no offense, mais c'est ce que les anthropologues font. Constamment. Un voyeurisme inquiétant, il faut l'avouer. Peu importe, c'est à moi que Peter a fait une suggestion qui pour une fois m'a quelque peu dérouté, bien que j'ai bien su le cacher derrière mes traits impassibles, ceux-là même qui ne dégagent jamais devant des inconnus ou même ceux de qui je me méfie. Pourtant, là, Peter me suggérait que peut-être ne devrais-je pas demeurer dans la classe. Je venais bien de lui dire que ce cours faisait chier… Mes yeux se sont lentement baissés comme je réfléchissais.

J'ai pris mes choses et ai moi-même quitté la classe. À l'extérieur, j'ai sorti mon cellulaire, appuyé sur quelques lettres avant de lever les yeux vers Peter qui se tenait là. Je lui ai offert mon infamous wry smile.

"Tu peux me suivre si tu veux. Je dois aller chercher quelque chose."

En quittant le pavillon, j'en ai profité pour respirer l'air frais d'automne. Aux arômes de liberté. J'ai extirpé une clope de mon paquet et l'ai allumé tout en en offrant une à mon nouveau mate.

"Tu fumes? Ou tu veux essayer?"

Je continuais de marcher en direction du rendez-vous. Chaque bouffée de la fumée interdite goûtait quelque chose de nouveau, comme si la saveur se renouvelait. Pourtant, son mauvais goût ne faisait aucun doute, mais j'en appréciais l'affront à mon corps et à tout le reste.

"Sinon, Peter. Qu'est-ce que tu fais quand tu n'es pas trop occupé à être un lost boy?"

Je l'ai mené dans un parc à proximité, là où mon vendeur me refile en drogues de toutes sortes. Je devais aller lui chercher ma commande après mon cours, mais celui-ci s'était évidemment écourté. Quelques grammes de splifs et quelques comprimés de MDMA. Le dit mec se tenait derrière quelques arbres dans un coin reculé du parc. J'ai demandé à Peter de patienter quelques secondes pendant lesquelles je suis allé faire la transaction.

De retour et ma cigarette terminée, j'en écrasais le mégot contre le sol, souriant à Peter.

"Du coup, t'es down pour un pétard?"
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